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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Sain, Franck (Pierre Antoine Marie François dit)
Article mis en ligne le 8 juin 2014
dernière modification le 7 décembre 2014

par Sosnowski, Jean-Claude

Né le 21 octobre 1814 et décédé le 16 juin 1862 à Anse (Rhône). Avocat, puis propriétaire-rentier. Préfet de la Loire en 1848, puis député en 1849. Franc-maçon.

Franck Sain est le fils d’un notaire royal de Lyon, Joseph-Horace-Élisabeth Sain, originaire de Rive-de-Gier (Loire) et de Claudine Jacquette. Le 24 mars 1860, Franck Sain épouse Berthe Vernier, fille de Jeanne Charmont, mariée avec Louis-Adolphe Vernier, consentant et résidant à Alger. Jeanne Charmont vit avec Jules Favre, ami d’enfance de Franck Sain. De cette union naît Jules Joseph Marie Antoine le 11 avril 1861. « Gabriel-Claude-Jules Favre, âgé de 53 ans, avocat et député, demeurant à Paris, beau-père [sic] du décédé » est déclarant du décès à Anse en juin 1862 [1]. Franck Sain est dit « propriétaire-rentier ».

L’avocat des mineurs de Rive-de-Gier

Avocat au barreau de Lyon, Franck Sain s’illustre aux côtés de Tristan Duché en avril 1844 lors de la défense des mineurs de Rive-de-Gier, emprisonnés au début du mois pour s’être déclarés grévistes en protestation de la volonté patronale de baisser les salaires. Le 5 avril, lors de leur transfert à la prison de Saint-Etienne, de violents affrontements ont lieu avec la troupe. Le bilan est lourd : un mort et cinq blessés. Le procès des prévenus a lieu du 27 au 29 avril et donne l’occasion à Sain de dénoncer l’arbitraire patronal et les dangers des coalitions monopolistiques alors que les ouvriers n’ont pas le droit de se regrouper. Sa plaidoirie véhémente conduit le président du tribunal et le procureur à lui couper la parole. Afin de protester contre ce procédé, Duché quant à lui renonce à sa plaidoirie. Le verdict est sévère : sur vingt-cinq prévenus, huit sont acquittés, quinze condamnés de six jours à huit mois de prison, un à dix mois, et un à deux ans.

Franc-maçon et clubiste phalanstérien

Sain est initié franc-maçon au sein de la loge Les Enfants d’Hiram (Grand Orient de France, Orient de Lyon). D’après le procès-verbal de son interrogatoire sous le bandeau, il développe des « idées très avancées que la loge ne peut toutefois approuver d’une manière absolue » [2]. Les loges maçonniques lyonnaises innovent sous la monarchie de Juillet en donnant des cours destinés à un public maçonnique ou profane. En 1847, la loge lyonnaise Union et Confiance ouvre un cours de cette nature qui se prolonge sous la Seconde République. Des frères volontaires présentent des exposés et ouvrent des débats sur des sujets variés d’ordre philosophique, économique ou social. Il est le premier intervenant inscrit. En 1848, c’est au sein de sa loge, Les Enfants d’Hiram que sont donnés par « le Groupe phalanstérien de Lyon [...] des conférences socialistes, sur l’organisation du travail et la régénération de la société » [3].

Le 15 mars 1848, à la Société démocratique réunissant les clubs du département du Rhône, Sain demande « la fusion des écoles socialistes qui selon lui se réduisent à trois St-Simonienn’e, Fouriéristes [sic] et communiste » [4]. Critiqué par Berteault qui ne reconnaît que les Républicains, Sain « s’efforce de repousser les attaques dirigées contre les phalanstériens ». Le président, sommé de passer à l’ordre du jour, intervient en engageant « les membres du club socialiste à se fondre dans la Société démocratique qui ouvre ses rangs à toutes les opinions sincères », proposition qui est ultérieurement repoussée à une large majorité [5]. Le même jour, Sain est l’un des orateurs de la réunion organisée par les phalanstériens lyonnais, Grande salle de la Rotonde aux Brotteaux. « MM. Coignet et Sain ont été vivement applaudis pour les bonnes choses qu’ils ont dites, pour les vérités qu’ils ont fait entendre » [6]. Dans les jours qui suivent, Le Tribun du peuple note que Sain est annoncé sur une liste présentée par « les loges maçonniques mais que nous croyons avoir été faite par l’école phalanstérienne » [7]. Il est qualifié comme « l’un des plus chauds partisans de la doctrine de Fourier, mais sans opinion politique ». En avril, il est l’un des délégués du Club des socialistes phalanstériens au Comité général des clubs du département du Rhône [8].

Préfet puis député de la Loire

Le 19 mai, La Liberté journal de Lyon annonce la nomination de Sain, « orateur des clubs phalanstériens » [9], comme préfet de la Loire. Il est en poste jusqu’au 9 août 1848. Plus que les mouvements ouvriers, son action inquiète la Compagnie des mines qu’il menace de mise sous séquestre mais sans être suivi par le ministre des Travaux publics. Il doit faire arrêter l’état-major des mineurs qui occupent les puits afin de préserver l’ordre public et la propriété.

Le 13 mai 1849, il est élu député de la Loire (6e sur 9 élus). Le Président, journal napoléonien annonce hâtivement son décès, peu de temps après son élection : « M. Sain, de Lyon, un des représentants nouvellement élu dans la Loire, vient de mourir à Saint-Etienne. M. Sain appartenait à la liste rouge. Il était un des plus fidèles adhérents du fouriérisme ». Sain vote contre les crédits de l’expédition romaine, contre la loi Falloux sur l’enseignement, contre la loi restrictive du suffrage universel. Après le coup d’État du 2 décembre, s’il se retire un temps de la vie publique, il se présente sans succès comme candidat indépendant au Corps législatif le 22 juin 1857 contre le candidat officiel réélu par 12 489 voix contre 5 638.