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AUDIER Serge : La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation (2017)

Paris, La Découverte, 2017, 742 p.


Bernard Desmars  |  2017 / n° 28 |  avril 2018



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Notions : Ecologie - Environnement

Pour citer ce document

DESMARS Bernard , « AUDIER Serge : La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation (2017)  », Cahiers Charles Fourier , 2017 / n° 28 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2005 (consulté le 13 août 2018).

Texte intégral

Serge Audier est un philosophe et un historien des idées. Il s’est ainsi successivement intéressé au « socialisme libéral », au solidarisme de Léon Bourgeois, au néo-libéralisme, à « la pensée anti-68 » afin d’en reconstituer « l’archéologie ». Dans son dernier ouvrage, il analyse le « rapport complexe et difficile que la gauche a entretenu tout au long de son histoire avec les problèmes environnementaux » (p. 7). Dans une longue introduction (près de 80 p.), il pose le cadre théorique de son travail et la nécessité de dépasser l’opposition entre les Lumières, liées à la science et aux progrès techniques et industriels, d’une part, et le romantisme, associé à la préservation de la nature, d’autre part. Cette opposition, selon l’auteur, aurait alimenté jusqu’aux années 1970 le thème d’une « incompatibilité […] entre la gauche et l’écologie » (p. 7), la première luttant pour la liberté, l’égalité, les progrès sociaux, tandis que la seconde s’efforcerait de conserver le monde issu du passé et serait donc foncièrement réactionnaire. Promouvant une « société écologique » ou encore une « écologie sociale » qui puisse « articuler le projet d’émancipation humaine et celui de protection de la Terre » (p. 24), S. Audier s’efforce de retrouver les socialistes et les anarchistes, qui ont essayé de penser simultanément les progrès sociaux et les préoccupations environnementales. Il envisage plusieurs thèmes (les dégâts provoqués par l’industrialisme et le productivisme ; la laideur des paysages urbains ; la pénibilité du travail ; la souffrance animale, etc.) en examinant les critiques puis les solutions formulées par Thoreau, Ruskin, Morris, Blanqui, Raspail, Pecqueur, Vidal, Proudhon, Reclus, Kropotkine, … et donc Fourier et ses disciples qui occupent une place importante dans cette généalogie intellectuelle de la pensée écologique. L’ouvrage repose sur une érudition impressionnante. Il pose cependant certains problèmes méthodologiques, liés à la fois au choix des textes et à leur lecture univoque [1]. Pour Fourier et les fouriéristes, par exemple, il n’est pas sûr que les passages qui leur sont consacrés rendent compte de la complexité des idées de Fourier, ni de la diversité des points de vue de ses disciples, parmi lesquels figurent un certain nombre de polytechniciens, ingénieurs des Ponts-et-Chaussées et officiers du génie, qui tiennent volontiers un discours productiviste et soutiennent le projet d’« armées industrielles ». N’oublions pas également que Fourier annonce la disparition de la vie sur terre au bout de 80 000 ans. L’ouvrage offre cependant beaucoup d’intérêt, en soulignant l’importance, à côté du capitalisme et du socialisme productivistes, d’une réflexion alternative, et en s’interrogeant sur la façon dont peut être pensée « une nouvelle alliance entre écologie et socialisme » (p. 8).


Bernard Desmars

Bernard Desmars

Bernard Desmars est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Lorraine. Après avoir étudié la délinquance des premières décennies du XIXe siècle, il s’intéresse depuis quelques années déjà aux militants fouriéristes, et surtout à ce qu’ils deviennent après la Seconde République, aux voies qu’ils empruntent pour réaliser leurs ambitions et concrétiser leurs idéaux. Il participe depuis une quinzaine d’années aux activités de l’Association d’études fouriéristes. Il a récemment publié Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (Dijon, Presses du Réel, 2010)


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Notes

[1L’auteur répond par avance à ces réserves en justifiant en introduction (p. 77-80) sa pratique de l’histoire des idées.



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