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AUSSEL Michel : Le Docteur Ange Guépin. Nantes, du Saint-Simonisme à la République (2016)

Rennes, PUR, 2016, 521 p.


Jean-Claude Sosnowski  |  2017 / n° 28 |  avril 2018



Index

Lieux : Nantes, Loire-Atlantique

Personnes : Aussel, Michel - Guépin, Ange

Pour citer ce document

SOSNOWSKI Jean-Claude , « AUSSEL Michel : Le Docteur Ange Guépin. Nantes, du Saint-Simonisme à la République (2016)  », Cahiers Charles Fourier , 2017 / n° 28 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2006 (consulté le 26 avril 2018).

Texte intégral

Médecin ophtalmologiste disciple de Gall, journaliste, Ange Guépin (1803-1873) a contribué à l’histoire de Nantes de 1830 à 1870 ; il est aussi penseur et acteur incontournable de la question sociale. Michel Aussel nous propose une biographie dont l’objet est de dépasser « l’image hagiographique » (p. 9). Il ne s’agit pas de réécrire une histoire linéaire, chronologique mais de mieux comprendre la continuité et l’évolution d’une pensée complexe. À cet effet, l’auteur confronte les nombreux écrits de Guépin et mobilise en annexes « des documents inédits ou peu exploités, pour tenter de restituer toute la complexité du parcours politique de Guépin » (p. 13) : son journal manuscrit (1833-1839) rédigé durant sa « période la plus saint-simonienne », sa correspondance fragmentaire avec Enfantin (1834-1859) et enfin le texte d’une brochure de 1848 (Ange Guépin, Les véritables intérêts de la bourgeoisie, Vannes, N. de Lamarzelle, 1848).

Guépin est indéniablement un philanthrope engagé pour des raisons politiques auprès des plus démunis. Propagateur de l’association et de la coopération qu’il découvre lors de ses études de médecine à Paris en 1826, il est initié aux idées d’Owen par Joseph Rey, mais c’est le « rêve d’association universelle [de Saint-Simon] qui est [sa] source principale d’inspiration » (p. 150). Il s’intéresse à Fourier mais ses liens avec l’École sociétaire sont le fait de relations individuelles même s’il considère que « l’agriculture réclame la propagation des colonies sociétaires » (p. 99) et appelle à soutenir le projet de son ami Devay à Condé-sur-Vesgre.

Politiquement, il considère que la monarchie de Juillet apportera les réformes destinées à améliorer la condition ouvrière et s’oppose même aux républicains au sein de la « Réunion de l’Ouest » (p. 85-105). Il revendique « la nécessaire éducation du peuple » (p. 199) avant l’octroi du suffrage universel. Pourtant, le 28 février 1848, il devient commissaire de la République ; « le docteur a très largement contribué à l’édification de ce qui allait devenir sa légende » (p. 14) pour se voir confier cette éphémère charge. S’il mène une réflexion sur la situation des femmes, il ne prend pas part au combat pour leurs droits. Il tisse néanmoins des liens avec Pauline Roland, Jeanne Deroin puis Jenny d’Héricourt et plus tardivement en 1865 avec André Léo, amie de Floresca Guépin, sa seconde épouse qui lui fait prendre conscience de la situation des femmes et l’entraîne également dans le combat contre l’esclavage aux États-Unis. Mais il choisit « le socialisme plutôt que la République » (p. 145). Il contribue à la fondation de la boulangerie sociétaire de Nantes en janvier 1849. En septembre 1850, il participe à la rédaction du Populaire de 1841 de Cabet (il a soutenu le projet d’immigration des Icariens en 1847). Il y « expose un système de démocratie représentative à l’échelon local […] apologie du gouvernement direct […] alors plutôt l’apanage de Victor Considerant » (p. 244). Guépin vient de publier Philosophie du socialisme qui conforte les autorités dans l’idée qu’il dirigerait l’école communiste de Nantes ; il perd sa chaire de chimie médicale à l’École de médecine de Nantes. Après le coup d’État du 2 décembre, il démissionne de son mandat de conseiller général non par « opposition systématique » (p. 256) à la dynastie impériale – il est proche du prince Napoléon - mais par refus de cautionner la politique répressive à l’encontre de ses « amis et […] coreligionnaires ». Il retrouve son siège et la politique active en 1864. Il fait figure de leader du camp républicain à Nantes et milite pour le « non » lors du référendum de 1869. A la chute de l’Empire, il est nommé préfet de la Loire-Inférieure, charge qu’il remplit avec maladresses et difficultés. Très rapidement démissionnaire, il est marginalisé au sein de L’Union démocratique, journal de Nantes qui devait lui servir de tribune politique et qui devient, avec François Cantagrel comme rédacteur, un journal favorable à la Commune. C’est là une ultime illustration de l’attentisme politique de Guépin craignant la confrontation des classes et subordonnant la question politique à la résolution de la question sociale qu’il envisage par une réflexion à la croisée des différentes écoles socialistes.


Jean-Claude Sosnowski

Jean-Claude Sosnowski

Jean-Claude Sosnowski, après des études d’Histoire, a exercé les fonctions d’archiviste dans différentes collectivités hospitalières et territoriales de Côte-d’Or. Depuis 1997, il est bibliothécaire territorial, aujourd’hui responsable d’une des bibliothèques du réseau de Dijon. Depuis plusieurs années, il contribue plus particulièrement au Dictionnaire biographique du fouriérisme.


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