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Jean-Claude Sosnowski  |  mise en ligne : juillet 2020

Mangin, Nicolas


Né vers 1807. Employé des chemins de fer en France puis agriculteur au Brésil. Membre de la colonie phalanstérienne du Sahy (São Francisco do Sul, Santa Catarina, Brésil). Membre de la Société industrielle du Sahy en août 1844.


Nicolas Mangin est cité par l’auteur de la lettre témoignage sur le phalanstère du Sahy dirigé par Benoît Mure, publié en 1842 et intitulé Phalanstère du Brésil. Voyage dans l’Amérique méridionale [1]. La narratrice de la lettre est hébergée à la fin juillet 1842 par la famille Mangin dans la maison Picot, du nom du rédacteur en chef du Jornal do Commercio de Rio de Janeiro. La maison Picot est « une halte à l’entrée des bois vierges ». Un champ est semé en bordure de forêt et « une boulangerie […] fournit le pain à toute la colonie. La maison est vaste et suffit au logement des colons qui n’ont point encore pu s’installer dans le Sahy » [2]. Mangin conduit son hôte à l’intérieur du Sahy. Mangin est présenté comme le principal artisan du développement de la colonie :

C’est à ce courageux ingénieur que l’on doit l’ouverture du chemin qui mène au centre de la concession coloniale, pendant une longueur de 2,400 toises ; à travers les plus affreux précipices, par-dessus la cime d’une double chaîne de montagnes, il a conduit et tracé une ligne savante qui élude toutes les difficultés principales ; mais telles sont les brusques aspérités de ces gorges sauvages que dix-sept fois sa ligne s’est trouvée rompue, et que dix-sept ponts lui ont été nécessaires pour la renouer et assurer la communication des plaines centrales au rivage. Je ne suis pas ingénieur, mais grâce aux explications de M. Mangin, j’appréciai en partie le mérite de sa pénible création, dont la nécessité est évidente. Sans elle, pas de Sahy, sans le Sahy pas de phalanstère. Gloire à celui qui a pris possession du territoire sacré ! [3]

Le « chemin Mangin » [4] mène à une vaste plaine boisée au centre de laquelle « s’élève une colline de forme elliptique qui paraît être placée là comme le piédestal d’un immense monument […]. Déjà un vaste emplacement est défriché au sommet de ce monticule, et […] c’est là, [dit Mangin] que nous élèverons le premier phalanstère » [5].
Nicolas Mangin est l’un des seize colons de la colonie encore présent en 1843 lorsque Benoît Mure en confie la direction à Charles Leclerc. Il y vit avec sa femme et deux enfants [6].
Après s’être retrouvés le 10 octobre 1843, lors d’un banquet de célébration de l’anniversaire de la mort de Charles Fourier, les colons du Palmital et du Sahy se réunissent sous la houlette de Michel Derrion à la suite d’un accord passé avec Benoît Mure en mars 1844 (la colonie du Sahy ne compte alors plus que quatre colons).
Le 15 août 1844 est créée la « Société industrielle du Sahy » composée de vingt-quatre colons dont onze hommes parmi lesquels Nicolas Mangin, alors âgé de trente-sept ans, son épouse et leurs trois enfants, un fils de sept ans, deux filles de un et trois ans [7] (une fille est née durant l’année). Les colons réunis s’installent alors sur un terrain, « les Lymbes » acheté à son arrivée par Benoît Mure au bord de la baie à proximité de la maison Picot. À la différence des familles de Raymond Nénévé, de Michel Derrion et de Charles Leclerc ainsi que de quatre autres colons, la famille Mangin ne vit pas en communauté.
En août 1847, la famille est encore établie « aux Lymbes » et vit de l’agriculture [8]. Cependant, Mangin fait régulièrement le voyage pour Rio de Janeiro. Le 28 novembre 1843, il entre dans la baie de Rio de Janeiro à bord, selon les sources, de la goélette Maria [9] ou du yacht Imperatriz [10] en provenance de Rio de Sáo Francisco. Le 4 octobre 1845, il est de retour à Rio de Janeiro à bord du Bom Jezus [11]. Le 16 novembre 1847 [12], le 21 janvier 1848 [13] c’est à bord de la Maria da Gloria qu’il revient à Rio de Janeiro. Le 26 janvier 1851, il quitte le port de Rio de Janeiro à bord du brick Cascudo à destination de Paranagua. Il est accompagné d’un esclave [14].


Jean-Claude Sosnowski

Dernière mise à jour de cette fiche : juillet 2020

Notes

[1Louise Bachelet, Phalanstère du Brésil. Voyage dans l’Amérique méridionale, [Paris], Agence coloniale du Brésil, 1842. Si Pierre-Luc Abramson, Mondes nouveaux et Nouveau Monde. Les utopies sociales en Amérique latine au XIXe siècle, Dijon, Les Presses du réel, 2014, étaye l’existence de Louise Bachelet, Laurent Vidal, Ils ont rêvé d’un autre monde, Paris, Flammarion, 2014 considère que Benoît Mure se cache derrière ce nom. Cet écrit ne serait qu’un outil de propagande pour attirer de nouveaux colons alors que les premiers arrivants se sont scindés en deux groupes rivaux, l’un dirigé par Michel Derrion, l’autre par Benoît Mure.

[2Ibidem, p. 11.

[3Ibidem, p. 12.

[4Idem.

[5Ibidem, p. 13.

[6Il s’agirait de deux fils selon le « Rapport de Leclerc au président de la province », 7 novembre 1843 (Archives historiques de Joinville – Coleçáo Carlos Ficker) cité par Laurent Vidal, opus cité, Paris, Flammarion, 2014, p. 254.

[7« Lettre de Derrion au président de la province de Santa Catarina », 30 décembre 1844 (Archives historiques de Joinville – Coleçáo Carlos Ficker) cité par Laurent Vidal, opus cité, Paris, Flammarion, 2014, p. 262. Il y a donc une divergence avec la source précédente dans la composition de la famille Mangin.

[8Laurent Vidal, opus cité, Paris, Flammarion, 2014, p. 324, d’après « Lettre de la chambre municipale de Sáo Francisco do Sul au président de la province de Santa Catarina », 29 août 1847 (Archives historiques de Joinville – Coleçáo Carlos Ficker).

[9« Movimento do porto », Diário do Rio de Janeiro, 29 novembre 1843, p. 4.

[10« Movimento do porto », Jornal do Commercio (RJ), 29 novembre 1843, p. 4.

[11« Movimento do porto », Diário do Rio de Janeiro, 6 octobre 1845, p. 4.

[12« Movimento do porto », O Mercantil, 17 novembre 1847, p. 4.

[13« Movimento do porto », Jornal do Commercio (RJ), 22 janvier 1848, p. 4.

[14« Movimento do porto », Jornal do Commercio (RJ), 27 janvier 1851, p. 4 ; « Movimento do porto », Correio Mercantil, 26-27 janvier 1851, p. 4


Ressources

Sources

Louise Bachelet, Phalanstère du Brésil. Voyage dans l’Amérique méridionale, [Paris], Agence coloniale du Brésil, 1842 (en ligne sur Biblioteca Brasiliana Guita e José Mindlin).
« Movimento do porto », Diário do Rio de Janeiro, 29 novembre 1843, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil) ; 6 octobre 1845, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil) ; 22 janvier 1848, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil).
« Movimento do porto », Jornal do Commercio (RJ), 29 novembre 1843, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil) ; 27 janvier 1851, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil).
« Movimento do porto », O Mercantil, 17 novembre 1847, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil).
« Movimento do porto », Correio Mercantil, 26-27 janvier 1851, p. 4 (en ligne sur Bibliotheca National Digital Brazil).

Bibliographie

Laurent Vidal, Ils ont rêvé d’un autre monde, Paris, Flammarion, 2014, p. 254, p. 262, p. 276, p. 324.
Pierre-Luc Abramson, Mondes nouveaux et Nouveau Monde. Les utopies sociales en Amérique latine au XIXe siècle, Dijon, Les Presses du réel, 2014, pp. 203-218.


Index

Lieux : Brésil - Rio de Janeiro, Brésil - Sahy ou Sai (São Francisco do Sul, Santa Catarina), Brésil

Notions : Agriculture - Esclavage - Essai sociétaire - Réalisateurs

Pour citer cette notice

SOSNOWSKI Jean-Claude, « Mangin, Nicolas », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en juillet 2020 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2253 (consultée le 5 août 2020).

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