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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Hammer (née Ragon de Bettignies), Amélie (Sylvie)
Article mis en ligne le 12 février 2026
dernière modification le 20 février 2026

par Desmars, Bernard

Née le 28 avril 1851 à Bruxelles (Belgique), décédée le 9 avril 1943 à Paris (Seine). Professeure de chant, de musique et de diction. Militante féministe. Fréquente les fouriéristes autour de 1900.

Amélie est la fille de Stanislas Courtehoux et de Clotilde Ragon, enseignants dans le même établissement scolaire à Bruxelles. Les deux parents se marient religieusement, mais non civilement. Le père part pour le Pérou, tandis que la mère reste en Europe avec sa fille [1]. Amélie « connut ensuite le triste régime des petits pensionnats où le savoir était aussi pauvre que le reste » [2]. Sa mère l’emmène à Paris avant de rejoindre Besançon où Clothilde Ragon est institutrice à la fin du Second Empire.

(Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand)

Mariage et difficultés conjugales

Amélie Ragon se marie dans cette ville le 12 août 1870 avec Eugène Dominique Perrot, préparateur de chimie à la faculté des sciences de Besançon [3] ; les deux époux s’installent à Paris où ils ont une fille, Jeanne Fernande, née en août 1871 ; mais ils se séparent alors que l’enfant n’a que 14 mois [4] ; Amélie, accompagnée de sa fille, rejoint sa mère Clothilde, également domiciliée à Paris. Pour se procurer quelques ressources, elle donne des leçons de musique [5] et de diction [6] et se produit dans des concerts sous le nom de « Mme Germance » [7], afin que son mari ne la retrouve pas ou ne provoque pas de scandale lors de ses prestations [8]. Elle obtient la séparation de corps devant la justice, en première instance et en appel [9]. Elle entre en relation avec le féministe Léon Richer ; elle lui fait le récit de sa vie conjugale malheureuse, qu’il lui demande de mettre par écrit ; ce témoignage devient un article publié dans L’Avenir des femmes, en 1876 [10], dans le cadre de la campagne en faveur d’une loi autorisant le divorce. Elle adhère alors au mouvement féministe [11] ; elle est sur la liste des « membres fondateurs » de la Ligue française pour le droit des femmes, créée en 1882 par Léon Richer [12] ; elle y est qualifiée d’« artiste lyrique et dramatique » [13]. Elle est élue dès la première assemblée générale au comité exécutif de l’association [14], dont elle devient la secrétaire générale avant d’être promue vice-présidente en 1892 [15]. Elle publie quelques articles dans Le Droit des femmes, l’organe de cette association [16].

Eugène Dominique Perrot décède en 1884 [17]. Amélie Ragon se remarie en 1886 avec le compositeur, violoniste et professeur de musique Richard Hammer (1828-1907), fils d’un tailleur à la cour du roi de Prusse, et ami de Léon Richer [18] ; dans l’acte de mariage, elle est qualifiée de « professeur de chant ». Elle participe, parfois avec son mari, à des concerts comme musicienne et comme chanteuse [19] ainsi qu’à des représentations dramatiques [20]. Sa fille et elle-même sont en relation avec René Viviani – futur député socialiste, ministre et président du conseil – quand il arrive de l’Algérie afin de faire ses études à Paris [21].

Fêtes fouriéristes

Autour de 1900, Amélie Hammer assiste à plusieurs manifestations de l’École sociétaire. Elle participe en juin 1899 à l’inauguration de la statue de Fourier, boulevard Clichy ; elle y déclame les vers suivants, de sa composition :

Oh ! Charles Fourier ! par ton haut caractère,
Ton génie éclatant d’universalité,
Tu nous sers d’idéal, de force et de lumière
Pour l’équilibre heureux de notre humanité !

L’inéluctable loi d’attraction éclaire
Ton ordre social de solidarité.
Le travail attrayant dans chaque phalanstère
Sera le charme enfin de la fraternité :

Utilisant l’armée aux actions fécondes,
Tu désarmes la haine, et sur les cœurs, tu fondes
Le règne de l’amour selon l’esprit de Dieu.

Sois donc glorifié, dans ce jour, en ce lieu !
Toi ! noble initié de la cosmogonie,
Toi ! le révélateur des sources d’harmonie ! [22]

Elle est également présente au banquet qui suit, aux côtés de plusieurs autres militantes féministes dont certaines sont proches du fouriérisme (Anne Féresse-Deraismes, Marie-Louise Gagneur, Marguerite Syamour) ; elle siège à la table d’honneur et déclame à nouveau son poème sur Fourier [23].

(Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand)

Le mouvement fouriériste est alors divisé en deux : les uns font partie de ce qu’on appelle alors l’École sociétaire, animée par Adolphe Alhaiza, le directeur de La Rénovation, d’orientation nationaliste, antisémite, et antidreyfusarde ; les autres, constituant l’Union phalanstérienne et l’École Sociétaire Expérimentale (ÉSE), proches des coopérateurs, dreyfusards, favorables à la création d’associations afin de mettre en pratique la théorie sociétaire. Amélie Hammer, qui a d’abord accompagné les premiers rejoint finalement les seconds et participe à des échauffourées entre dreyfusards et antidreyfusards [24].

En 1901, Émile Zola publie le roman Travail, largement inspiré de la théorie sociétaire de Charles Fourier et admiré des membres de l’Union phalanstérienne et de l’École Sociétaire Expérimentale. Un banquet est organisé le 9 juin en l’honneur du romancier ; après plusieurs discours

la série des toasts fut close par un sonnet à Émile Zola par Mme Amélie Hammer qui, à la fois poète, artiste dramatique et lyrique et musicienne parfaite, interpréta en grande partie les pièces de vers et les chansons qui avaient été portées au programme [25].

Le 7 avril 1902, le couple Hammer participe à la soirée organisée par l’École Sociétaire Expérimentale pour l’anniversaire de la naissance de Fourier ; le banquet est prolongé par une soirée musicale, avec « des artistes de talent faisant partie généralement de l’ÉSE ».

Le mari, violoniste merveilleux, la dame pianiste et comédienne remarquable, ont dit ou exécuté plusieurs morceaux et joué une saynète finale : Un crâne sous une tempête et ont, chaque fois, soulevé des salves d’applaudissements enthousiastes [26].

Les comptes rendus des manifestations fouriéristes qui se déroulent dans les années suivantes ne mentionnent plus la participation d’Amélie Hammer.

L’Union fraternelle des femmes

Elle continue à militer au sein du mouvement féministe. Elle préside l’Union fraternelle des femmes, « une petite association, socialisante, dreyfusarde, anticléricale » fondée en 1901, qu’elle préside à partir de 1909-1910. « Ses statuts lui fixent pour objectifs l’étude de la condition des femmes, son amélioration et l’union avec d’autres associations » ; y coexistent plusieurs courants, l’un, représenté par Nelly Roussel, « néo-malthusienne et libre penseuse, proche des milieux anarchistes », l’autre, avec Amélie Hammer, « passablement conservatrice » [27], et qui, pendant la Première Guerre mondiale, combat les pacifistes et lutte en faveur du suffrage féminin [28]. Elle quitte la présidence de l’Union fraternelle des femmes en 1924 et semble ensuite se mettre en retrait du mouvement féministe.

(Ville de Paris / Bibliothèque Marguerite Durand)

À la fin des années 1930, elle a des problèmes de santé, écrit sa fille [29] ; son état s’aggrave à partir de mars 1942 [30]. Elle décède un peu plus d’un an plus tard. Conformément à ses demandes, son corps est incinéré puis ses cendres sont placés dans un petit cercueil qui est placé dans le cimetière de Chaux-des-Crotenay (Jura), dans la tombe où sont les restes de Clothilde Ragon et Richard Hammer [31].

Sa fille, Jeanne Fernande Perrot, connue sous le prénom et le nom de Thilda Harlor, militante féministe, autrice de romans et journaliste (à La Fronde, en particulier), est la directrice de la bibliothèque Marguerite Durand, à Paris, de 1936 à 1945 [32].