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Michel Guet  |  mise en ligne : décembre 2005

« La Fraternelle », Maison du Peuple à Saint-Claude (Jura)




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Notions : Coopération - Expérimentations



Octobre gris et sombre, plafond bas, crachin, sept degrés ; visite amicale à « La Fraternelle » de Saint-Claude, haut lieu du mouvement coopératif syndical jurassien d’abord, mais hexagonal aussi. Saint-Claude, aucun souci évident de coquetterie, dure, froide, industrieuse, cela se sent aux longs vitrages des bâtiments en gradins vers la Bienne qui coule en contrebas furieuse sous l’écume, cela se lit aux murs usés, aux toits en dents de scie des manufactures presque abandonnées ; çà et là un immeuble neuf, un parterre fleuri, un jardinet public, des parking... Vivre ici, vivre là... il faut tenir, tenir, est-ce là la raison des fraternités ?

En 1881, le Cercle Ouvrier de Saint-Claude fonde « La Fraternelle », coopérative alimentaire. Il s’agit de mettre en pratique l’idéal communiste icarien cher à Cabet, un voisin : créer une coopérative de consommation alimentaire dont les bénéfices seront affectés à la réalisation d’œuvres sociales. Ambitieux, dans une ville tenue par la bourgeoisie réactionnaire, cela ne se fera pas sans efforts, sans sacrifices... tous les coopérateurs non plus ne sont mus par des vertus laïques et fraternelles ; il n’empêche, le principe social, sociétaire et communautarien (au sens des fouriéristes) est vif alors, particulièrement dans ces pays où la rigueur du climat vous tient. On est héritier des grands ancêtres dont on se passe les livres mais aussi des tentatives lyonnaises (cf. l’analyse de Chantal Guillaume sur Le Commerce véridique et social de Michel-Marie Derrion) mais encore des ouvriers diamantaires parisiens venus former leurs camarades ; on s’intéresse à l’avant-garde : les Maisons du Peuple fleurissent en Belgique, celle de Bruxelles sera inaugurée en 1899, on noue des liens avec Gand, ses ouvriers et les « Vooruit »... on échangera nos délégations...

Les coopérateurs san-claudiens achètent en 1894 une bâtisse, un petit hôtel particulier au plein centre de la ville, rue de la Poyat où la Fraternelle se trouve encore, on y installera les premières boutiques et les foudres de vin ; ce n’est pas très grand, mais des terrains libre jouxtent la bâtisse, qui descendent vers la Bienne. En septembre 1899 la décision est prise : il faut investir et agrandir, il faut bâtir le socialisme de demain, c’est sûrement ce qu’a dit dans son discours Jean Jaurès venu soutenir le projet en novembre. Cela ne va pas sans efforts... il faudra encore attendre près de dix ans pour que le chantier s’engage, La Frat comme on dit familièrement est inaugurée en 1910.

Elle se développera sur 4000 m² (outre une quinzaine de succursales dans le département). On y trouvera épicerie, boucherie, charcuterie, vins, liqueurs, charbon, torréfaction, fours à pain, café-restaurant, écuries, garages, etc. mais la fierté c’est ce qui nourrit l’esprit : théâtre, cinéma (dès 1937), bibliothèque, gymnase, imprimerie, bourse du travail, université ouvrière... La Frat connut un développement croissant jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, puis ce fut le lent déclin. Autres temps, autres mœurs... Échue à la ville de Saint-Claude, c’est une association loi 1901 créée en 1984 qui reprit en main le destin de La Fraternelle, y poursuivant l’activité culturelle et éducative : cinémas, théâtre, arts plastiques, imprimerie-édition, café-concert, bibliothèque, archives.

Dans la cour, en saillie à l’étage, la cabine de projection, quatre équerres en fer forgé la soutiennent, chacune portant un début de partition : l’Arlésienne, le Beau Danube bleu, l’Internationale et Le Temps des Cerises... Alain Mélo, Michel Bastien, merci pour votre accueil. Un projet pour l’Association d’études fouriéristes et pour les Cahiers Charles Fourier  : une Assemblée Générale au printemps 2007 à La Fraternelle, salle du café-concert avec soirée jazz... Nous vous en reparlerons en temps et heure.




Michel Guet

Michel Guet

Michel Guet est restaurateur de manuscrits et d’estampes pour les collections publiques et privées. Passionné de sciences humaines, sociales et politiques. Essayiste. Dernière publication : L’Artisme, considéré comme un des beaux-arts, sinon comme le tout, Paris, Jean-Pierre Faur éditeur, 2001. À paraître : L’Infini Saturé, espaces publics, pouvoirs, artistes.


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Pour citer ce document

GUET Michel, « « La Fraternelle », Maison du Peuple à Saint-Claude (Jura)  » , charlesfourier.fr , rubrique « Actualités » , décembre 2005, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article303 (consulté le 17 mars 2017).



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