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François Lassus  |  mise en ligne : décembre 2005

« Comme un petit phalanstère » ?






La « signalétique patrimoniale » mise en place dans Besançon (40 panonceaux) a provoqué une polémique à propos du square Saint-Amour. Reprenant une formule employée par Lyonel Estavoyer dans Besançon, ses rues, ses maisons (1980), il porte : « Au n° 7, la maison Savoye [...] était une fabrique d’horlogerie conçue comme un petit phalanstère où les appartements du directeur, les logements des ouvriers et les ateliers s’organisaient derrière une façade très bourgeoise. » L’auteur se défend en disant qu’il ne parle pas d’un phalanstère, mais d’un immeuble conçu comme un phalanstère. En quoi cela supprimerait-il le problème ? Car si l’immeuble n’est certes pas un phalanstère, il n’est pas davantage conçu « comme » un phalanstère. Définition du Petit Larousse : « phalanstère : vaste organisation de production au sein de laquelle les travailleurs vivent en communauté, dans le système de Fourier. » Réalité de l’immeuble du square : dix ateliers distincts, aux fenêtres horizontales, chacun lié à l’appartement d’un patron horloger indépendant, et chacun employant cinq ou six ouvriers, dix au maximum ; et il n’y a pas un « directeur » mais autant de patrons que d’ateliers ; les ouvriers habitent Battant, ou Rivotte, et accèdent aux ateliers par des ateliers de service situés à l’arrière de l’immeuble (d’autres immeubles, certains sur le square, hébergent 4 ou 5 ateliers, souvent sur cour ou dans les étages). Le panneau indique que l’immeuble en cause abrite ateliers, patrons et ouvriers, ce qui est donc faux : il n’y a pas de communauté de vie dans l’immeuble, et la communauté de travail dans chacun des ateliers est celle de n’importe quelle unité industrielle d’hier ou d’aujourd’hui, sans aucune référence au système de Fourier.

L’immeuble ne contient pas plus « une fabrique », comme il est écrit sur le panneau, qu’un « phalanstère » : quelque 400 autres ateliers de même structure existent dans la ville au plus fort de l’activité horlogère et forment tous ensemble « la » fabrique d’horlogerie de Besançon organisée sur le même type que « la » manufacture d’armes de Saint-Etienne : un ensemble d’ateliers produisent les différentes pièces (fabricants d’aiguilles, fabricants de ressorts, de pignons...), d’autres horlogers pratiquent l’assemblage des pièces (monteurs de boîtes...), d’autres encore assurent la distribution des pièces entre les différents partenaires ou la commercialisation du produit fini. Chacun des ateliers participe à son niveau à l’élaboration de ce qui, une fois monté, devient une montre, et Besançon fabrique vers 1870 90 % des montres françaises. De ce fait, la référence au système phalanstérien entraîne une lecture fausse de l’édifice et surtout - c’est cela qui m’importe - de ce qu’est l’horlogerie dans la ville, de l’impact architectural qu’elle a eue pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle dans toute la boucle, et depuis dans la rue Gambetta, l’avenue Denfert-Rochereau et l’avenue Carnot, ou encore le quartier de la Mouillère, etc. L’aboutissement de cet esprit architectural novateur, directement lié à l’état du système économique, est la construction de l’usine Dodane, avenue de Montrapon, ou l’immeuble en étoile de la rue de la Mouillère. Pas d’horlogers fouriéristes à Besançon (ni proudhoniens d’ailleurs) qui auraient construit sur le square Saint-Amour un immeuble hors normes dans sa conception sociale, mais des horlogers (les frères Savoye) qui ont créé une architecture spécifique aux conditions particulières de l’économie bisontine.




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Pour citer ce document

LASSUS François, « « Comme un petit phalanstère » ?  » , charlesfourier.fr , rubrique « Actualités » , décembre 2005, en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article308 (consulté le 28 juillet 2017).



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