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Les AMAP, des comptoirs communaux d’un nouveau genre

Chantal Guillaume  |  2006 / n° 17 |  décembre 2006



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Notions : Agriculture

Pour citer ce document

GUILLAUME Chantal , « Les AMAP, des comptoirs communaux d’un nouveau genre  », Cahiers Charles Fourier , 2006 / n° 17 , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article395 (consulté le 12 mai 2017).

Texte intégral

Les AMAP ou Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne nous paraissent bien entrer dans ces expériences/expérimentations qui renouent avec la subversion ou remise en question des principes du système productif dans notre civilisation. Paradoxe de revendiquer une agriculture paysanne ? Il s’agit d’aller à contre-courant de l’industrialisation de l’agriculture, de rompre avec cette tendance lourde de l’économie mondiale qui intègre les produits agricoles dans une logique uniquement marchande. L’agriculture paysanne défend d’autres principes : valoriser le travail paysan, le respect de l’environnement, la bonne qualité des produits, préserver la diversité des espèces élevées et cultivées, viser le maximum d’autonomie dans l’exploitation, rechercher d’autres partenaires dans le monde rural. Ces associations s’inscrivent dans un mouvement de rupture avec une logique productiviste aveugle aux dégâts et destructions qu’elle génère. Fourier aurait dénoncé les incohérences et aberrations de cette logique qui commençait déjà à se mettre en place, puisque lui-même déplorait le développement excessif du commerce des matières agricoles et leur moindre qualité.

Dans la pratique, les Amapiens soutiennent cette agriculture en fondant une association solidaire paysan-consommateurs. Le principe est de créer un contrat entre l’agriculteur et le consommateur qui les engage dans une relation de confiance : le citadin connaît la provenance de ses aliments de base en privilégiant une agriculture de qualité et relocalisée. Fourier déplorait déjà que ce qui arrive dans nos assiettes ait fait des milliers de kilomètres de transports ! L’Amapien achète à l’année la production de son paysan qui en toute transparence assure une distribution locale de produits de qualité, les légumes comme la viande ... Les Amap suppriment les intermédiaires et les incohérences du commerce qui sont aussi celles de la production. Elles maintiennent l’activité agricole dans les régions et tout ce qui vient en complément de celle-ci pour redynamiser un territoire.

On est tenté de comparer les AMAP aux Comptoirs communaux de Fourier. Charles Gide en faisait des associations d’actionnaires comparables aux coopératives de production et de consommation. C’est juste, en partie ; Fourier lui même définit le comptoir communal comme le plus petit germe d’association agricole (1). Mais ce qui fait sa spécificité, c’est d’être un établissement philanthropique qui renouerait avec les communaux ou ces pratiques destinées aux pauvres qui consistaient à leurs affecter des champs et pâturages pour vivre. Le comptoir est à la fois une maison de commerce et de manutention agricole destinée à aider les petits paysans à produire et vendre ; assurer à la classe indigente des occupations variées, sans excès, ni sujétion, soit à la culture, soit aux ateliers. On entrevoit bien la limite du rapprochement avec les AMAP mais on peut aussi noter que le comptoir supprime les agioteurs, commerçants et banquiers qui privent le paysan de son autonomie. Il est envisagé aussi de créer des liens entre les comptoirs... Comme on peut les imaginer chez les Amapiens. Et on sait combien Fourier tenait à relocaliser la production agricole pour supprimer la distance et les intermédiaires entre les producteurs et les consommateurs.

Les AMAP ont essaimé dans de nombreuses régions et ont un site : www.allianceprovence.org.


Chantal Guillaume

Chantal Guillaume

Professeur de philosophie. Elle a publié plusieurs articles dans les Cahiers Charles Fourier et dans Luvah. Elle vit et écrit des textes de fiction à la campagne (au bord de la Loue).


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