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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Martial, Lydie (née Anna Louise Grell, épouse Carnaud)
Article mis en ligne le 12 février 2026

par Desmars, Bernard

Née le 26 juillet 1861 à Paris, 6e arrondissement (Seine), décédée le 17 février 1929 à Joigny (Yonne). Militante féministe. Fréquente l’École Sociétaire Expérimentale dans les premières années du XXe siècle.

Anna Louise Grell est la fille d’un bottier. À partir des années 1880-1890, elle se fait appeler Lydie Martial ; sous ce nom, elle s’engage dans le mouvement féministe. Elle s’intéresse en particulier à la formation des femmes et participe au Congrès international de l’éducation sociale organisé par Anna Lampérière en 1900 [1]. La même année, elle intervient lors du Congrès féministe organisé à Paris.

Manifestations fouriéristes

Au tout début du XXe siècle, elle fréquente l’une des organisations fouriéristes, l’École Sociétaire Expérimentale (ÉSE), dreyfusarde, proche du mouvement coopératif et en particulier de la Chambre consultative des associations ouvrières de production. Elle participe le 12 mai 1901, avec « une cinquantaine d’amis de la Coopération » à une réunion de l’ÉSE à la salle du Foyer du Peuple, une université populaire dirigée par Louis Guébin. Le 9 juin suivant, elle préside la réunion mensuelle de l’École Sociétaire Expérimentale [2]. Elle fait partie de la « série des Tribuns », chargée de la propagande fouriériste [3]. Elle figure sur une « liste des membres de l’École Sociétaire Expérimentale » publiée dans L’Association ouvrière [4] ; elle demeure alors rue Saint-Florentin (8e arrondissement). Elle participe encore à une réunion de l’ÉSE en décembre 1901 ; au cours d’une discussion dénonçant les méfaits du clergé catholique,

Madame Lydie Martial donna à son tour quelques explications au sujet du trafic des messes au rabais. Les curés de certaines paroisses ou chapelles achalandées ont à dire plus de messes qu’ils ne peuvent. Ils les repassent à ceux de leurs collèges de province qui n’en ont pas de reste et qui consentent à les débiter pour 15 ou 20 sous, alors qu’ils ont, eux, reçu pour accomplir cet office une somme bien plus élevée [5].

Formation et éducation

Son engagement féministe se traduit notamment par l’animation de l’Union de pensée féminine, un cercle de réflexion féministe fondé en 1902 et inspiré des théories de Céline Renooz, qui rassemble principalement des enseignantes et des femmes de lettres [6].

Persuadée que la lutte pour l’égalité civile et politique des sexes doit s’accompagner d’un développement intellectuel, Lydie Martial engage les féministes à découvrir les « particularités de la pensée féminine ». Le groupe fonctionne comme un séminaire universitaire : sur un sujet donné, les participantes réfléchissent plusieurs mois, consignent leurs réflexions par écrit et confrontent régulièrement leurs points de vue [7].

Elle participe en 1905 au IVe Congrès des Amicales d’Institutrices et d’Instituteurs de France et des colonies [8] ; elle publie plusieurs ouvrages sur l’enseignement, dont L’Éducation humaine, et dirige de 1905 à 1908 Le Nouvel Éducateur. Revue d’éducation laïque et sociale. Ses positions paraissent parfois trop radicales, y compris au sein du mouvement féministe ; lors du dixième congrès international des femmes, qui se déroule à Paris en 1913, elle recommande l’enseignement de la sexualité à l’école, mais n’est pas suivie par les congressistes [9].

Critiques et reconnaissance intellectuelle

Ses textes lui valent des sarcasmes et des critiques. Selon l’antiféministe Théodore Joran : « Mme Lydie Martial, c’est le féminisme souriant et engageant quand il parle, mais hérissé […] d’érudition indigente et de galimatias quand il écrit » [10] ; il lui reproche sa prétention à faire de la philosophie et de la métaphysique [11]. Elle reçoit aussi des critiques de la part d’autres féministes, comme Jeanne Oddo-Deflou qui regrette « ses abstractions nébuleuses » [12] ou Cleyre Yvelin selon laquelle « personne d’intelligent ne va entendre ce galimatias » [13]. Les historiennes Laurence Klejman et Florence Rochefort observent que « ses textes sont très confus et témoignent d’une inaptitude à maîtriser le langage philosophique » [14], tandis que Christine Bard la présente comme une « militante aux théories fantaisistes » [15].

Cependant, elle est l’une des rares féministes à obtenir une reconnaissance dans le milieu des sciences sociales : « elle est considérée durant quelques années comme une interlocutrice légitime de la Société de sociologie de Paris » dont elle est membre et devant laquelle elle présente plusieurs communications, notamment sur « l’éducation intégrale » ; elle y fait aussi des conférences sur « La sociologie et la morale » (1904), « Le rôle social de la femme » (1906) et « L’évolution de la femme » (1911) ; ses ouvrages font l’objet de comptes-rendus dans la Revue internationale de sociologie [16].

Peu avant la Première Guerre mondiale, elle prend la tête de la Société pour l’amélioration du sort de la femme et la revendication de ses droits [17], une association qui remonte à 1870 ; elle en garde la présidence jusqu’en 1920 sans parvenir « à lui redonner un réel dynamisme mais la maintient présente à diverses manifestations » [18]. Elle collabore au mensuel, Le Féminisme intégral, qui paraît de mars 1913 à juillet 1914 [19].

Elle se marie en 1912 avec Maximilien Carnaud, ancien instituteur à Marseille, député socialiste des Bouches-du-Rhône à partir de 1894, battu lors des élections de 1910 ; il est nommé receveur des finances à Joigny (Yonne) où Lydie Martial l’accompagne.

Elle continue à publier des ouvrages et participe en 1927 au premier congrès organisé par le Comité de propagande féministe, fondé en 1919 [20]. En 1928, Maximilien Carnaud est nommé receveur-percepteur à Vanves (Seine). Lydie Martial reste à Joigny et continue à faire vivre l’Union de pensée féminine jusqu’à son décès en 1929 [21]. Elle lègue à la commune de Joigny une partie de ses biens au profit des écoles et des œuvres sociales de la ville.