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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Bixio, (Jacques) Alexandre
Article mis en ligne le 7 juillet 2026

par Desmars, Bernard

Né le 20 novembre 1808 à Chiavari près de Gênes (alors dans le département français des Apennins ; aujourd’hui en Italie), mort le 16 décembre 1865 à Paris. Médecin, agronome, journaliste, éditeur, homme politique, homme d’affaires. Ami de Victor Considerant, associé à la création de La Démocratie pacifique.

Alexandre Bixio, né Giacomo - ou Jacomo - Alessandro, est le fils de Tommaso Bixio, directeur de la Monnaie de Gênes, et de Colomba Cafarelli, dont la famille est française [1]. Après la fin de l’Empire, et alors que sa famille reste à Gênes [2], il est conduit par un parent en France, d’abord à Metz et à Pont-à-Mousson, puis à Paris où il est inscrit au collège Sainte-Barbe.

Jacques Alexandre Bixio (Atelier Nadar)

Il suit ensuite les cours de la faculté de médecine de Paris. Il obtient son doctorat en 1833 avec une thèse intitulée Propositions de médecine et de chirurgie [3]. Pourtant, même si dans les actes d’état civil, il se présente comme docteur en médecine, il ne semble pas avoir véritablement exercé l’art de guérir.

Des revues et une librairie

Bixio participe à la révolution de juillet 1830. L’année suivante, la direction de la Revue des deux-mondes, fondée en 1829, est reprise par Buloz, avec le soutien de Bixio [4]. Il se marie en 1835 avec Mélanie Gaume, fille d’un notaire qui, lors de la naissance de Mélanie, est secrétaire de la mairie de Besançon [5]. Quatre enfants naissent de cette union.

Vers le milieu des années 1830, il entre au conseil d’administration du collège Sainte-Barbe et fait partie de l’association qui soutient l’institution et dont il est rapidement le président [6].

Dans les années suivantes, Bixio porte son attention sur l’agriculture ; selon son ami Jean-Augustin Barral, « le progrès agricole [est pour Bixio] le signe nécessaire de la puissance et de la vitalité d’un peuple » et « l’instruction [est] le moyen le plus énergique d’assurer ce progrès » ; aussi se lance-t-il dans la production et la diffusion d’ouvrages sur l’agriculture ; il crée en 1837 la Librairie agricole, puis La Maison rustique du XIXe siècle et le Journal d’agriculture pratique et du jardinage, dont le directeur adjoint est Barral. Il publie aussi dans les années 1840 les Annales forestières, l’Almanach du jardinier (avec Alexandre Ysabeau), l’Annuaire de l’horticulteur, l’Almanach du cultivateur et du vigneron.

Parallèlement, il participe à la vie politique ; il est dans l’opposition républicaine aux gouvernements de la monarchie de Juillet et fait partie de la rédaction du National [7]. À la veille de Février 1848, il préside le comité électoral du 10e arrondissement.

Ami de Victor Considerant

Alexandre Bixio fréquente le salon de Charles Nodier, à la bibliothèque de l’Arsenal ; il y rencontre Charles Fourier vers 1830 [8]. Sans doute est-ce aussi dans ce lieu qu’il se lie d’amitié avec Victor Considerant qui fréquente le salon Nodier à partir de 1831 [9].

Puis le couple Bixio tient son propre salon qui accueille l’ex-saint-simonien Michel Chevalier, des poètes romantiques, et donc Victor Considerant [10], qui assiste à un dîner dont le comte Cavour est l’un des convives [11]. Considerant est présent lors de la déclaration de naissance du troisième enfant du couple Bixio en 1842 [12].

Quand il prépare la fondation de La Démocratie pacifique, le chef de l’École sociétaire discute avec Alexandre Bixio de l’organisation du futur quotidien, de son orientation éditoriale et de la place qui y sera accordée aux questions agricoles dont la rédaction pourrait être confiée à des collaborateurs du périodique fondé par Bixio, le Journal d’agriculture pratique [13]. Considerant promet à Bixio et à Élisée Lefèvre un certain contrôle sur les articles concernant le monde agricole. On ignore cependant si Bixio est intervenu dans le contenu rédactionnel du quotidien fouriériste. En 1844, avec Alexandre Ysabeau, collaborateur de La Démocratie pacifique, il reprend La Maison rustique du XIXe siècle. Dans les années suivantes, le journal dirigé par Victor Considerant présente Bixio comme de « notre ami », malgré les distances qu’il garde avec le socialisme.

La révolution de 1848

En février 1848, au lendemain de la chute de la monarchie, quoique républicain de la veille, il est d’abord réticent envers la proclamation immédiate de la République en considérant que les nouveaux dirigeants n’ont pas reçu ce mandat ; il se prononce pour une régence ; mais devant l’adhésion populaire à la République, il s’y rallie rapidement. Il est nommé chef de cabinet du gouvernement provisoire. Alors que des Italiens se soulèvent contre la domination autrichienne, il est envoyé à Turin pour établir des relations avec les autorités de Piémont-Sardaigne ; quoiqu’absent du territoire français, il se porte candidat à l’Assemblée constituante dans le département du Doubs ; sans doute parce que sa femme est originaire de ce département, et aussi parce qu’il est en relation depuis quelques années avec la Société d’agriculture du Doubs dont il est membre depuis 1844 et qu’il représente lors des congrès d’agriculture qui ont lieu à Paris [14]. Mélanie Bixio demande à Victor Considerant d’insérer quelques mots « dans votre estimable journal » pour soutenir la candidature de son mari [15].

Il figure sur une liste qui comprend notamment Hippolyte Renaud ;il est élu. L’invasion des locaux de l’Assemblée constituante le 15 mai – il est toujours à Turin – l’inquiète beaucoup et il insiste pour rentrer à Paris et occuper son siège de représentant. Il revient en France au début du mois suivant. Lors de l’insurrection de juin 1848, il incite des membres de l’Assemblée constituante à aller dans les quartiers les plus agités afin, si possible, de ramener à la raison « une multitude égarée » et, si nécessaire, de soutenir les gardes nationales contre les émeutiers [16]. Il se rend lui-même au-devant d’une barricade où il est gravement blessé. Quelques semaines plus tard, il reprend sa place à l’Assemblée constituante dont il est élu plusieurs fois vice-président ; il siège parmi les républicains modérés, votant notamment en faveur des poursuites contre Louis Blanc et Caussidière (26 août 1848), et contre le « droit au travail » (2 novembre 1848) [17].

En décembre 1848, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte lui propose le poste de ministre de l’Agriculture et du commerce, qu’il accepte d’abord avant de démissionner après moins d’une dizaine de jours [18]. Il est élu à l’Assemblée législative en mai 1849, à la fois dans la Seine et dans le Doubs ; il choisit de représenter le département franc-comtois. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur le même mois. Il est alors membre de la commission municipale de Paris [19].

Il réalise en 1850 avec Barral deux ascensions en ballon afin de « recueillir de l’air à diverses altitudes et d’observer des faits relatifs à la polarisation de la lumière » [20]. Même si ces deux tentatives n’obtiennent que des résultats limités, elles bénéficient d’une certaine publicité dans la presse et dans les publications scientifiques.

Sous l’Empire

Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il fait partie des députés qui se réunissent à la mairie du 10e arrondissement et prononcent la déchéance du président Louis-Napoléon Bonaparte ; allant porter le décret à une imprimerie, il apprend l’arrestation des députés et décide de se joindre à eux. Il reste emprisonné pendant environ un mois avant d’être libéré ; contrairement à d’autres députés s’étant opposés au coup d’État, il n’est pas expulsé du territoire français.

Il est candidat à Paris lors des élections législatives de février 1852 [21] ; il n’arrive qu’en deuxième position avec 9 093 voix, derrière le candidat soutenu par le gouvernement, Fouché-Lepelletier, élu dès le premier tour avec près de 16 000 suffrages [22].

Puis, il semble s’éloigner de la vie politique et se consacrer désormais aux affaires : il est administrateur de compagnies de chemins de fer œuvrant en Russie, en Italie et en Espagne ; de la compagnie du gaz parisien ; de la compagnie des paquebots transatlantiques [23] ; du crédit foncier italien ; du crédit mobilier français [24].

Sa femme décède en janvier 1856. La même année, Il fonde le « dîner Bixio », qui réunit une vingtaine de personnes parmi lesquels Eugène Delacroix, Alexandre Dumas père, Prosper Mérimée, Claude Bernard [25].

En 1858, Émile Bourdon qui s’occupe de la publication des manuscrits de Fourier est poursuivi car certains des textes constitueraient une atteinte à la morale publique. Victor Considerant, qui est alors en France, écrit à Alexandre Bixio en lui demandant d’user de son influence pour sortir Bourdon de cette situation. Les poursuites ne semblent pas avoir été loin, mais l’on ignore si Bixio est véritablement intervenu [26].

Libre penseur, il demande qu’après sa mort, son corps soit conduit directement au cimetière Montparnasse, sans cérémonie religieuse. Une assistance nombreuse – au moins 5 à 6 000 personnes selon Le Temps [27], 10 000 pour Jules Quicherat [28] – se presse devant la tombe ; on y voit notamment un groupe d’élèves du collège Sainte-Barbe, conduits par le directeur et le sous-directeur de l’établissement ; cette présence d’une délégation d’élèves d’une institution catholique aux obsèques d’un libre-penseur suscite des critiques de la part des journaux catholiques, comme Le Monde [29] et La Gazette de France qui considère que le convoi funèbre constitue une manifestation « anticatholique » [30] ; deux discours sont prononcés devant la tombe, l’un par Jules Quicherat, de l’École des Chartes, l’autre par A. Labrouste, directeur du collège Sainte-Barbe. Figurent dans l’assistance le prince Napoléon-Jérôme, des républicains (Étienne et Emmanuel Arago, Jules Simon, Jules Favre, Martin Nadaud), Isaac Pereire, Nadar, Émile Souvestre, Massol (de la Morale indépendante), des représentants de l’ambassade italienne, etc. [31]

Ses filles donnent à la Bibliothèque nationale la collection de manuscrits, lettres, autographes, portraits et photographies rassemblés par Bixio [32].