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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Lacour, François
Article mis en ligne le 12 décembre 2023
dernière modification le 11 décembre 2023

par Sosnowski, Jean-Claude

Né le 30 mai 1808 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Décédé le 5 juillet 1858 à Paris (Seine). Libraire-éditeur, imprimeur et lithographe à Paris. Membre de la Banque des échanges en 1839. Imprimeur du journal Le Nouveau Monde.

François Lacour est le fils de Jacques Lacour, propriétaire à Clermont-Ferrand et Françoise Morel. Apprenti ouvrier lithographe chez Pelisson dès l’âge de 12 ans, il est engagé comme prote chez l’imprimeur Pierre Philibert Baudouin dont il épouse la fille, Lise Aglaé.
Il est breveté libraire le 17 septembre 1841. Le 20 juin 1842, il est condamné par le tribunal correctionnel d’Amiens « pour exploitation d’une imprimerie sans brevet » [1]. Il obtient le brevet d’imprimeur en lettres le 17 octobre 1842, par rachat de celui d’Hippolyte Tilliard pour 19 000 francs, puis celui de lithographe le 22 octobre 1842. Installé, 33 rue Saint-Hyacinthe-Saint-Michel à Paris en 1843, Lacour est « locataire d’ateliers formant corps de bâtiment, qui s’étendent de la rue Ste-Hyacinthe-Saint-Michel à la rue Soufflot » [2]. Il détient trois presses mécaniques. En 1844, il est associé avec Auguste Maistrasse, breveté imprimeur en 1845. L’atelier comprend « 50 compositeurs, 4 presses à bras, une mécanique double système, tirant double jésus » [3]. « L’imprimerie s’occupe spécialement des ouvrages de Droit et de Médecine. Elle se charge aussi des ouvrages anglais, espagnols, polonais, etc. Un Dictionnaire en 2 volumes grand in-8° à 2 colonnes » [4]. Une première faillite de Maistrasse met fin à l’association en 1846. Lacour exerce seul en 1847.

Proximités phalanstériennes

Dès 1839, Lacour côtoie le mouvement phalanstérien. Il est brièvement sociétaire de la Banque des échanges en juillet 1839 [5]. La société offre l’opportunité de « payer toutes dépenses avec des marchandises au lieu d’argent par l’entremise de la banque » [6]. Le Nouveau Monde fait l’éloge de cette société dès son deuxième numéro : « un établissement de ce genre mérite d’être encouragé ; aussi avons-nous remarqué avec plaisir, au milieu des souscripteurs, les principaux propriétaires de journaux, un grand nombre de disciples de Fourier, des industriels de premier ordre » [7]. Jan Czynski et le peintre Jean-Baptiste Gatti de Gamond [8] sont tous deux membres du conseil d’administration de la banque. Il habite 8F passage Bourg-L’Abbé. Alors prote chez son beau-père, il a déjà une activité de libraire-éditeur avant d’être breveté. C’est sous la dénomination de Lacour et compagnie qu’est édité en 1840 le Plan pour l’établissement comme germe d’harmonie sociétaire d’une maison rurale industrielle d’apprentissage pour 200 élèves de toutes classes, garçons et filles, de 5 à 13 ans… de Pierre-Alexandre Guilbaud. L’impression est effectuée par son beau-père. Son activité le rapproche du groupe parisien du Nouveau Monde. En 1842, il édite Le choix d’une czarine : comédie-vaudeville en deux actes (tirée des annales russes) de Jan Czynski. Avec Auguste Maistrasse, il est à partir du 1er février 1843 et jusqu’au dernier numéro de novembre 1843, imprimeur du journal Le Nouveau Monde fondé par Czynski et qu’a tenté de reprendre en décembre 1841, mais sans succès Arthur de Bonnard. Le journal paraît de nouveau après une année d’interruption. Si Czynski signe le premier éditorial, un nouveau gérant, Fourdrin, succède à Laurent Héronville. Est-il le prote qu’emploient Lacour et Maistrasse [9] ? Quelques semaines plus tard, Lacour est cité parmi les artisans qui, comme Auguste Maistrasse, François Orlowski et Henri Barthélémy, acceptent un apprenti placé par Le Nouveau Monde [10]. La même année, toujours associé à Maistrasse, il souscrit pour dix francs à l’Union ouvrière de Flora Tristan [11], imprimé par leurs soins [12]. En 1844, il imprime le premier numéro de la nouvelle version du Nouveau Monde, journal de l’essai sociétaire sur les enfants [13] dont le comité de rédaction est composé de membres du groupe des Harmonistes Adolphe Jouanne, Auguste Jounin et Augustin Joffroy. Le numéro de février qui suit, dernier numéro, ne porte aucune mention d’imprimeur mais y est joint le prospectus de Pierre-Alexandre Guilbaud, Projet de fondation d’une colonie agricole de jeunes orphelins, ou ferme d’asile d’apprentissage pour 200 enfants trouvés ou naturels de 3 à 13 ans, garçons et filles, dirigés en travaux de ménage, de culture et de fabrique, suivant le régime d’industrie attrayante, découvert par Fourier, qu’imprime Lacour. Hasard de son activité ou véritable proximité avec l’École sociétaire, les impressions au profit de phalanstériens, sont fréquentes. En 1845-1846, Adolphe Jouanne et François-Xavier Gauvain lui confient l’impression de Nécessité de fonder des maisons rurales d’asile et d’apprentissage pour les enfants pauvres. Appel aux hommes de bien pour la fondation de la première maison d’apprentissage, à Maintré, près Poitiers puis Ferme sociétaire industrielle sous le patronage des travailleurs destiné à promouvoir un projet évoluant vers un essai sociétaire.
Mais c’est Jean Journet qui bénéficie régulièrement des presses de Lacour [14]. C’est probablement parce que son beau-père Baudoin a, pour la première fois en France (la première impression est bruxelloise), imprimé en 1841, la brochure Résurrection sociale universelle, Cris et soupirs, L’apôtre à Milord [15]. En janvier 1844, avec Maistrasse, Lacour imprime La Bonne nouvelle, ou Idée succincte de l’association, édité à Paris par Charpentier et Masgana. La brochure contient en quatrième de couverture un catalogue des publications de l’École sociétaire. Suit quelques semaines après, Résurrection sociale, Félicité universelle, Marseillaise des travailleurs. En septembre 1846, Lacour imprime Cri d’indignation, complainte humanitaire, puis en novembre, Cri de délivrance intronisation du règne harmonien sur le globe, toujours édités par Charpentier et Masgana. En juin 1848, c’est Avorterons-nous encore ? Cri de dégoût. Conjuration de l’anté-christ dévoilée, court recueil de textes parmi lesquels une lettre du 7 avril 1848 adressée par Journet aux membres du gouvernement provisoire appelant à la réalisation du « miracle pratique », « le miracle théorique est produit depuis plus de quarante années » avec Charles Fourier. C’est encore Lacour qui, en 1849, réédite l’ensemble des brochures de Résurrection sociale, félicité universelle. Enfin, en 1850, c’est la brochure Aux fondateurs de l’Harmonie universelle, le genre humain reconnaissant, appel à l’« Association expérimentale. Société de la Fraternité active » qui sort des presses de Lacour.

Une imprimerie au service de clubs ?

Le 25 février 1848, toutes les presses de Lacour sont brisées. Indemnisé après deux mois d’inactivité, « son imprimerie n’a pas cessé d’être hantée par le club de la rue des Grès [16] et de servir aux publications de placards révolutionnaires et de journaux anarchiques » [17] rapporte la police. On lui doit en particulier La Langue de vipère, chronique mensuelle des petitesses de nos grands hommes, d’inspiration socialiste (novembre 1848-juin 1849). En fin d’année 1848, il constitue la Société typographique Lacour et cie dont il est le directeur et gérant. Il emploie dix compositeurs et imprimeurs. En 1850, lors d’un procès contre son propriétaire en vue d’obtenir une réduction de 100 francs de loyer par année depuis le percement de la rue Soufflot, du fait de l’amputation d’une partie du bâtiment, son activité est reconnue comme florissante. Six presses sont en activité [18], mais il fait faillite en 1855. L’imprimerie subsiste sous la dénomination, A[glaé]. Lacour puis de nouveau simplement sous son nom.
Si la production de Lacour est plus marquée politiquement à partir de 1848, cela ne signifie pas pour autant un véritable engagement selon la police. Néanmoins, quelques impressions sont la preuve de prises de risques et de convictions. On lui doit, à partir de janvier 1849, l’impression de la revue de Jeanne Deroin, L’Opinion des femmes, et du supplément au numéro 4 de mai 1849, Campagne électorale de la citoyenne Jeanne Deroin et Pétition des femmes au peuple, de l’affiche « Aux électeurs du département de la Seine » de la même, candidate aux élections législatives d’avril 1849.

Élections de 1849. Madame la représentante du peuple ou L’Emancipation de ces dames, folie chanson de Louis Chaumont (Source : BNF-Gallica)

Il est poursuivi en 1850 pour avoir imprimé la brochure de Ledru-Rollin, Le 24 février. Les Élections, Paris, P. Amic l’aîné, puis France et Italie ou le Congrès des Peuples, « ouvrage contenant des doctrines subversives » [19], imprimé à Paris, sans nom et adresse. Mais il s’agirait plus de « négligence administrative » [20] selon la police. Lorsque le 21 décembre 1855, il est condamné par le tribunal correctionnel de Corbeil à quinze jours de prison et 500 francs d’amende pour un nouveau délit de presse, il formule un recours en grâce [21]. Malgré les arguments du préfet de police rappelant les précédentes poursuites et affirmant que la publication de France et Italie ou le Congrès des Peuples a abouti à une peine de 3 000 francs [22], le Procureur général de Paris ne relève qu’une seule inscription à son casier judiciaire, celle de la condamnation de 1842 pour absence de brevet d’imprimeur [23]. Le verdict du tribunal de Corbeil est ramené à seulement 50 francs d’amende par grâce impériale lors du baptême du Prince impérial [24].

Lors de son décès en 1858, il réside 38, rue des Boucheries-Saint-Germain. Sa veuve conserve son brevet de libraire et cède celui de lithographe.