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Site internet de l’Association d’études fouriéristes et des Cahiers Charles Fourier

Joffroy, Augustin, Zéphyr ou Zéphyrin, Paulin
Article mis en ligne le 12 décembre 2023
dernière modification le 11 décembre 2023

par Sosnowski, Jean-Claude

Né le 29 août 1820 et décédé le 19 avril 1870 à Paris (Seine). Pharmacien. Membre du groupe des Harmonistes. Membre de l’association médicale de la rue Zacharie et l’un des responsables de l’Union des associations fraternelles ouvrières en 1849.

Il est l’enfant naturel d’une sage-femme, Annie Françoise Joffroy. Depuis son enfance, il souffre d’un genou « ankylosé » [1]. C’est probablement en mars 1842 qu’il est admis comme élève interne en pharmacie [2]. En 1845, il reçoit le deuxième prix décerné aux élèves de l’École pratique de pharmacie. Il est pharmacien en 1850, 5 rue Zacharie à Paris puis est installé 92 rue Mouffetard de 1854 à 1870. Il est célibataire lors de son décès.

Le groupe des Harmonistes et la Correspondance phalanstérienne

Le nom de Joffroy apparaît dans le numéro d’août du Nouveau Monde. Dans un courrier à la rédaction, il alerte sur le sort de Sauvage, inventeur de l’hélice destinée à remplacer les roues à aubes des steamers, qui est incarcéré pour dettes alors que son procédé non reconnu a récemment été indûment utilisé sur le navire Le Napoléon [3]. C’est l’occasion pour Z. Joffroy (c’est ainsi qu’il signe son courrier) de dénoncer le peu de cas qui est fait des inventeurs et génies comme Fourier :

Un homme de cœur et d’intelligence, M. Alphonse Karr, s’étonnait et s’indignait de cette ingratitude. Moi je trouve le pays, qui se dit foyer de lumière, centre de civilisation, parfaitement conséquent avec lui-même : quand on a proscrit par arrêt le café, la pomme de terre, la vaccine ; insulté et raillé Papin, Jacquart, Lebon, Fulton ; enfin laissé passer, pour ainsi dire inaperçue, la plus sublime découverte des temps anciens et modernes, la découverte du calcul de l’attraction passionnée, assailli son immortel auteur de turlupinades qui ont abrégé ses jours, on mentirait à soi-même de ne pas continuer un vandalisme aussi bien commencé !

Il appartient au groupe des Harmonistes, composé des médecins Auguste Jounin et Achille Suin, du pharmacien et médecin Adolphe Jouanne et de Philardeau, probablement admis élève pharmacien comme Joffroy en 1842. Le groupe annonce publier une Correspondance phalanstérienne dont le premier numéro paraît en septembre 1843 [4]. Celle-ci ne doit aucunement rappeler la « publication de triste souvenir qui n’enfanta que discorde, division et haine » [5] qu’était devenue La Correspondance harmonienne, lit-on dans Le Nouveau Monde. Le projet a été initié plus d’un an auparavant, en mars 1842, avec la parution d’une circulaire puis d’un numéro suivant quelques semaines après. L’objectif est multiple :

Rallier tous les Phalanstériens actuellement éparpillés sur le sol de France […] et leur donner le moyen de se faire connaître […]. Servir les groupes formés, en leur offrant un moyen de publicité qui aurait pour résultat d’activer l’émulation […]. Servir la cause phalanstérienne théoriquement en faisant connaître à tous les moindres projets, les plus minimes études […] Servir cette même cause pratiquement en fournissant les moyens de connaître les ressources collectives de l’École et [en] présentant la facilité de généraliser parmi tous les Phalanstériens une souscription à l’effet de réaliser les plans admis par la majorité [...] [6].

La Correspondance phalanstérienne n’a pas vocation à une diffusion publique. Les Harmonistes, c’est ainsi qu’ils signent leurs lettres lithographiées à partir d’octobre 1843, s’adressent en priorité à ceux « moins confiants dans le présent, et d’ailleurs plus portés par leur position à ne compter que sur un essai minime » et non sur « la réalisation du Phalanstère de grande échelle » [7].
Le groupe s’inscrit en marge du centre parisien de l’École sociétaire et souhaite s’interroger dans la correspondance sur les sujets suivants :

1° - Réalisation de l’harmonie, moyens d’organisation des séries et du mécanisme de séries industrielles et passionnelles. 2° - Organisation de l’école phalanstérienne, moyens à préférer pour utiliser les forces de chacun en particulier et de tous en général, afin d’atteindre, le plus promptement possible, un premier essai. 3° - Divers sujets d’études sur les sciences sociales et passionnelle [sic], et plus particulièrement, sur les questions qui tiennent au mécanisme des 1620 caractères d’harmonie domestique. 4° - Enfin différents sujets, liés à la science, et traitant de quelque question d’unité universelle, cosmogonie, analogie, etc...

La démarche laisse indifférent le centre parisien de l’École sociétaire, les Harmonistes lui étant semble-t-il alors totalement inconnus, jusqu’à ce que Joffroy et ses condisciples achètent une concession perpétuelle destinée à la tombe de Fourier. En septembre 1843, à leur initiative, un comité très restreint, sans concertation avec le centre parisien de l’École sociétaire, mais en accord avec certains membres de la famille de Fourier, fait procéder à l’exhumation du corps de Fourier pour son transfert dans la nouvelle concession. Les rédacteurs de La Démocratie pacifique apprennent l’opération par voie de presse dans une note communiquée au Constitutionnel et par un courrier signé des cinq Harmonistes [8]. Un banquet populaire organisé par Joffroy doit suivre le moment de recueillement sur la tombe de Fourier pour l’anniversaire de son décès en octobre 1843. Cependant, les démarches et propos du groupe des Harmonistes apparaissent pour les quelques correspondants qui donnent leur avis comme l’œuvre d’individus « disposés aux dissidences » [9].
Joffroy reprend le secrétariat du groupe lorsque Jounin prend en charge la gérance du Nouveau Monde qui devient, à partir de janvier 1844, Le Nouveau Monde, journal de l’essai sociétaire sur les enfants. Joffroy signe avec Jouanne et Jounin, au nom du comité de rédaction, le « programme de la nouvelle direction » du journal [10]. Seuls deux numéros paraissent en janvier et février 1844.
Quant à la Correspondance phalanstérienne, elle se donne un nouvel objectif :

[…] appeler des disciples de Fourier sur la fondation d’une phalange d’enfants […] les inviter à se rallier pour l’établissement de ce premier germe d’harmonie sociétaire en organisant entre eux la société de fondation [...] [11].

Mais elle semble cesser de paraître, même si une circulaire au nom du Groupe du Nouveau Monde publiée au début de 1844, stipule que le « secrétariat du groupe des Harmonistes est transféré chez M. Joffroy, rue du faubourg Saint-Antoine, 182 » [12] à Paris.

Il faut attendre la Deuxième République pour trouver de nouveau mention de Zéphyrin Joffroy.

L’Union des associations fraternelles ouvrières et l’affaire de la société secrète de la rue Michel-le-Comte

Pharmacien faisant partie de l’association médicale de la rue Zacharie [13], il est parmi les 15 membres élus par les représentants des 104 associations ouvrières pour former la commission qui assure le fonctionnement de l’Union des associations fraternelles ouvrières, fondée le 5 octobre 1849. Il est également membre d’une seconde commission dite des sept.
Il est poursuivi une première fois en janvier 1850, pour « exercice illégal de la pharmacie » du fait d’une association avec « Dupas, élève en médecine, et de plus élève zélé de Raspail. Cette association avait pour but la préparation exacte et sincère de médicaments d’après la méthode Raspail » [14]. La poursuite est abandonnée ; néanmoins, le tribunal « a cru devoir faire réserve de l’action du ministère public pour préparation de remèdes non compris au codex ».
Le 29 mai 1850, quatre-vingts agents de police conduits par le commissaire Bellanger investissent un appartement rue Michel-le-Comte. Quarante-sept personnes, dont neuf femmes sont réunies dans une des pièces. Au bureau de ce qui s’avère une réunion de l’Union des associations siègent Jeanne Deroin, institutrice, Auguste Billot, cordonnier, et Augustin-Zéphirin Joffroy, pharmacien. L’Union a pour objectif de fédérer les associations de producteurs et de consommateurs. Établie sous la forme d’un contrat commercial, elle n’est néanmoins pas une association commerciale. Il s’agit de favoriser la mutualité du travail et du crédit. Tous les protagonistes sont menés à la préfecture de police ; seule une quinzaine est maintenue en détention préventive, une douzaine libérée sous caution. Pour la presse conservatrice l’affaire symbolise la dissolution d’une société secrète socialiste et révolutionnaire. Comme d’autres fouriéristes délégués à l’Union des associations (Deschenaux, Blaison, Delbrouck), Augustin-Zéphirin Joffroy passe en jugement en novembre 1850. Selon les rapports du comité d’enquête interne à l’Union, établis lors de sa constitution afin d’examiner la valeur des délégués, rapports saisis lors de la perquisition de mai 1850 et dont le contenu est repris dans les procès-verbaux de perquisition, il est ainsi qualifié : « pharmacien, faisant partie de l’association médicale de la rue Zacharie, il est ainsi dépeint dans les documents sus-énoncés : bons renseignements, ancien rédacteur d’un journal socialiste. Grande capacité, il a pris une part active aux opérations de l’Union ; il faisait partie de la commission des Sept » [15]. Tous les prévenus « aggravèrent leur cas en lisant à haute voix, pour tuer l’ennui, des extraits du livre Destinée sociale, de Victor Considerant » [16]. Joffroy est condamné à un an de détention, trois cents francs d’amende et cinq ans d’interdiction de droits civiques.

Les prévenus de l’Union dont Joffroy se retrouvent en 1861 lors de la fondation de la Bibliothèque des Amis de l’Instruction du IIIe arrondissement. Peu de temps avant son décès, Joffroy souscrit également pour 20 francs au financement de la Maison rurale d’expérimentation sociétaire, fondée par Jouanne à Ry (Seine-Inférieure) [17].