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Charles Fourier dans les revues surréalistes d’après-guerre : fragments épars (1948-1970)

2018 / n° 29 - Compléments - Inédits sur site |  octobre 2018



Pour citer ce document

, « Charles Fourier dans les revues surréalistes d’après-guerre : fragments épars (1948-1970)  », Cahiers Charles Fourier , 2018 / n° 29 - Compléments - Inédits sur site , en ligne : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article2084 (consulté le 23 octobre 2018).

Texte intégral

NÉON (N’être rien Être tout Ouvrir l’être Néant Oubli Être), Paris, Janvier 1948, n° 1.
Rédaction : Sarane Alexandrian, Henri Heisler, Vera Herold, Stanislas Rodanski, Claude Tarnaud. Avec la collaboration de Victor Brauner, André Breton, Jacques Hérold, Toyen.

Le numéro s’ouvre avec Signe ascendant d’André Breton, dans une version manuscrite par l’auteur datée de 1947 ; cette version manuscrite comporte, dans des noirs géométriques, un certain nombre de citations dont : « Le diamant et le cochon sont hiéroglyphes de la 13e passion (harmonisme) que les civilisés n’éprouvent pas. Charles Fourier » [Théorie des quatre mouvements, p. 288 de la rééd. de 1846].

MÉDIUM. Communication Surréaliste, Paris, Nouvelle Série, Novembre 1953, n° 1 — numéro Simon Hantaï.
Directeur : Jean Schuster – Administration : 201, rue de Charenton, Paris (12e) – Rédaction : 17, rue Gramme, Paris (15e).

A la question Ouvrez-vous ? posée par André Breton — avec le commentaire suivant : « Puisqu’il advient que nous soyons visités en rêve par d’illustres personnages depuis longtemps disparus et qu’aussi bien une fiction persistante veut qu’un petit nombre d’autres — tels Isaac Laquedem, Nicolas Flamel, le comte de Saint-Germain — s’obstinent si bien à vivre qu’ils se montrent, par intervalles, au grand jour, ce n’est pas beaucoup forcer la pente du plausible d’imaginer que, par l’entrebâillement d’une porte, à la suite d’une sonnerie ou de coups frappés, nous nous trouvions en présence de tel « noble visiteur » (comme on dit « noble voyageur ») issu de notre imagerie. L’intérêt d’une telle spéculation est, abstraction faite de la stupeur où nous plongerait cette brusque reconnaissance — que nous identifions d’emblée l’arrivant ou qu’il lui faille se nommer — de précipiter en nous, à la seconde, les sentiments assez souvent complexes que nous pouvons lui porter. Les seuls ressources sont, en effet, de faire entrer (avec plus ou moins d’enthousiasme) ou d’éconduire (avec plus ou moins de ménagements). Comme nous l’avons vérifié en commun, s’interroger à cet égard (pour avoir, il va sans dire, à se répondre sur-le-champ) introduit une nouvelle dimension dans les rapports que nous pouvons entretenir avec les figures du passé. On s’aperçoit très vite que des considérants d’ordre inhabituel tendent ici à primer tous les autres : c’est ainsi que les êtres dont la vie ne saurait être séparée de l’œuvre jouissent, sous le rapport de l’attraction, d’une manifeste supériorité sur les autres. Des remarques complémentaires s’imposeront à ceux qui tenteront l’expérience par eux-mêmes (il serait prématuré de les formuler après une confrontation jusqu’ici trop limitée et aussi trop sommaire : il eût fallu, au moins dans certains cas, préciser l’âge du visiteur au moment où il se présente, les conditions de solitude ou non-solitude qu’il se trouve affronter, l’heure du jour ou de la nuit qu’il a choisie, etc…). — A. B. » — les réponses pour FOURIER sont :

Oui, prêt à lui donner toute mon aide (J.-L. B.). — Oui, muet d’admiration (R. B.). — Oui, captivé (A. B.). — Oui, avec joie (E. B.). — Oui, comme au Messager de l’Harmonie Universelle (A. D.). — Oui (la gourmandise) (G. G.). — Non, mais avec un peu de regret (J. G.). — Oui, enthousiasmé (S. H.). — Oui, pour l’écouter très attentivement (W. P.). — Oui, c’est un beau jour (B. P.). — Oui, à deux battants (J. P.). — Oui, et je lui offre ma maison (B. R.). — Oui, avec l’espoir qu’il restera des heures (J. S.). — Oui, comme on accueille le printemps (A. S.). — Oui, avec le plus grand intérêt (T.). — Oui, sa perspective infinie dans le fini (M. Z.).
(soit respectivement : Jean-Louis Bédouin, Robert Benayoun, André Breton, Elisa Breton, Adrien Dax, Georges Goldfayn, Julien Gracq [1], Simon Hantaï, Wolfgang Paalen, Benjamin Péret, José Pierre, Bernard Roger, Jean Schuster, Anne Seghers, Toyen, Michel Zimbacca).

LA BRÈCHE. Action surréaliste, Paris, Le Terrain Vague, mai 1962, n° 2.
Directeur : André Breton. Comité de rédaction : Robert Benayoun, Gérard Legrand, José Pierre, Jean Schuster. Administration : Le Terrain Vague, 23-25, rue du Cherche-Midi, Paris (6e).

A la fin de l’article de Vincent Bounoure, « Mémoire de la dernière », cette citation : « Il n’y a rien dans le désir qu’il n’y ait eu d’abord dans les destinées. Charles Fourier » (p. 31)

L’ARCHIBRAS. Le Surréalisme en avril 1967, Paris, Le Terrain Vague, avril 1967, n° 1.
Directeur : Jean Schuster.

Le numéro [2] s’ouvre avec l’exergue suivante :

« Au temps de l’Harmonie, quand plus rien ne restreindra nos projets vivants nous pousserons de notre être un membre puissant et sensible, comme la trompe de l’éléphant et qui pourra servir de parachute, l’archibras. On s’est bien moqué de cette image fantastique : “Preuve que ne savent rien inventer, dit Fourier. Prennent figures à la lettre” et il formule sans peur les images de l’homme fidèle à son mouvement original, réintégré à la nature et capable de prendre partout l’initiative contre le “désordre des climatures”, les bêtes malfaisantes, le mal sous toutes ses formes. »

Simone Debout  :
La Terre permise
de Charles Fourier,
Les Temps modernes
Juillet 1966.


L’ARCHIBRAS. Le Surréalisme en mars 1968, Paris, Le Terrain Vague, mars 1968, n° 3.
Directeur : Jean Schuster.

On trouve aux pages 91-93 la reproduction de « 3 écartelages » de Pierre Faucheux, le premier étant le Quatrième portrait harmonique de Charles Fourier, 1965 reproduit recto-verso avec, collées au verso du cadre, deux coupures de papier portant les mentions tapuscrites : « Engels, qui pourtant n’aimait guère ses prédécesseurs, écrivait dans l’Anti-Dühring : « Fourier n’est pas seulement un critique anonyme, sa nature éternellement allègre fait de lui un satirique et l’un des grands satiriques de tous les temps… » et « Pierre Faucheux : Quatrième portrait harmonique de Charles Fourier. 1965. » Les photographies sont créditées : Collection particulière G. de L.
(NdE) Cet écartelage et d’autres encore sont reproduits dans le Cahier d’illustrations du CCF n° 29.

L’ARCHIBRAS. Le Surréalisme le 18 juin 1968, Paris, Le Terrain Vague, mars 1968, n° 4 - Hors Série.
Directeur : Jean Schuster.

Aux pages 14-15, le texte non signé daté du 8 juin et intitulé « Discordance = Harmonie » se termine par le paragraphe suivant :

« Seul, dans le passé, Charles Fourier avait voulu fonder l’harmonie du monde nouveau sur la discordance des tempéraments et des appétits. Ce n’est pas le Mouvement du 22 mars qui, je pense, se sentirait écrasé par une telle référence, d’autant qu’il n’y a pas aujourd’hui, à ma connaissance, de parti fouriériste. Au contraire, que les théories du fondateur du mouvement phalanstérien aient commencé, et de quelle éclatante manière, à se réaliser pratiquement, et en particulier dans la rue, ce n’est pas seulement un progrès de la mécanique révolutionnaire, mais peut-être le premier pas effectif accompli dans le sens de l’émancipation réelle de l’homme depuis un siècle et demi. Car, de même que Fidel Castro, en voulant détruire l’argent et son pouvoir maléfique, se propose de hâter l’avènement du communisme sans attendre, contrairement au Code marxiste, que se soit achevée l’ère socialiste, le Mouvement du 22 mars, en fondant l’exercice de la pensée et la décision de l’action sur la discordance, préfigure la société de l’avenir. »

COUPURE, Paris, Janvier 1970, n° 2, p. 1.
Direction : Gérard Legrand, José Pierre, Jean Schuster.

L’R. Le poinçon populaire inflige l’r, dont le tracé minuscule dit qu’il est signe d’opprobe. r, initiale de récupéré, dissipe les illusions de la culture, révèle la marchandise idéologique et l’idéologie de la marchandise. […] L’r doit s’apposer sans faiblesse sur des intellectuels moins légers, théoriciens, voire praticiens, présentés comme révolutionnaires, en fait largement récupérés par l’adversaire : Charles Fourier : récupéré par
— les conseillers municipaux de Paris, notables de la IIIe République bourgeoise, qui lui ont élevé une statue ;
— le gouvernement de Vichy qui l’a exalté par la plume des syndicalistes et socialistes type Belin et Paul Fort, passés à son service ;
— l’Etat Russe, par Khrouchtchev. (suivent K. Marx, S. Freud, Mao-Tsé-Tung récupérés par…)

COUPURE, Paris, Mai 1970, n° 3.
Direction : Gérard Legrand, José Pierre, Jean Schuster.

Cette citation : « Admirable chose en civilisation que l’abus des mots ! Lorsque Condillac nous dit : les mots sont les véritables signes de nos idées, n’aurait-il pas mieux fait de dire : les mots sont les véritables masques de nos idées ? » Charles Fourier, L’Unité Universelle.





Notes

[1A noter cette dédicace autographe d’André Breton à Julien Gracq pour l’édition originale de son Ode à Charles Fourier : « “Arrivent les bandes Hortensia du Mexique / qui viennent se mesurer avec les bandes Roses / de Perse sur les théâtres de Saint-Cloud / Neuilly, Marly, etc.” / C. F./ A Julien Gracq / peintre de Robespierre, / hommages affectueux / André Breton / Paris 25 avril 1947. »
Le même ouvrage dédicacé à Suzanne et Aimé Césaire porte : « “La mûre de ronce, emblème de la morale pure et simple, donne un fruit fade et bon pour amuser les enfants, mais qui n’arrive pas jusqu’aux bonnes tables et n’est pas un fruit d’homme fait.” / C. F. / A mes grands amis / Suzanne et Aimé Césaire, / l’admiration et la tendresse d’ / André Breton / 1er mai 1947. »

[2Le numéro comporte en outre un compte rendu de l’Exposition internationale du Surréalisme 1965-1966, « L’Écart Absolu ». Eléments mnémotechniques pour un rêve futur. Photos de Suzy Embo. Texte de Joyce Mansour. Ces photographies figurent également, et beaucoup d’autres encore, dans le fonds Pierre Faucheux conservé à l’IMEC. On trouve par ailleurs, dans le n° 3 de L’Archibras (mars 1968), une relecture du Nouveau Monde Amoureux de Fourier par Georges Sebbag (p. 84).



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