Cahiers

2010 / n° 21

Walter Benjamin lecteur de Charles Fourier

sommaire
résumés
abstracts
commander



Dès 1933, Walter Benjamin trouve dans les écrits de Charles Fourier et de ses exégètes les motifs d’une surprenante radicalité politique tournée vers l’utopie et l’émancipation. De Paris, capitale du XIXe siècle aux thèses sur le concept d’histoire, Fourier tient ainsi un rôle stratégique pour dire le refus de toute abdication face à l’ordre dominant, la lutte constamment menée pour un monde autre.

Cette place méconnue de Fourier dans l’œuvre du philosophe allemand est ici mise en relief et si, de la « sublime exagération de l’espérance » prêtée à Fourier, Benjamin fit des armes pour son temps, c’est à en éprouver le caractère toujours explosif que nous invitent aussi les contributeurs de ce numéro enrichi de traductions inédites de textes de Benjamin et Adorno autour de Fourier.




Présentation

Florent Perrier
Préambule
texte intégral

Remerciements
texte intégral

Repères bibliographiques et abréviations utilisées
texte intégral

Documents

Walter Benjamin
Un fragment manuscrit de Das Passagen-Werk
texte intégral

Etudes

Florent Perrier
Présences de Charles Fourier dans Paris, Capitale du XIXe siècle de Walter Benjamin

Les articles et ouvrages consacrés à Charles Fourier et que mentionne Walter Benjamin dans son œuvre, notamment la liasse « W » de Paris, capitale du XIXe siècle, forment le point de départ d’une enquête destinée à mettre en relief la place et le rôle des écrits de Fourier dans les textes de Benjamin, principalement ceux de l’exil parisien. Ces « présences » de Fourier dans l’œuvre de Benjamin (de sa présence historique dans l’étude des passages à sa présence politique subversive dans le cadre du Collège de sociologie) éclairent en retour le travail de Benjamin sur les matériaux comme sa passion méconnue pour le « rêveur sublime ». Si la pensée de Fourier innerve sans conteste, bien que souvent de manière souterraine, certains des écrits les plus importants de Benjamin, notre contribution se veut la première cartographie de ces affinités électives jusqu’ici peu explorées, mais pourtant riches de promesses et qui dessinent le portrait d’un Benjamin sensible, en un temps hostile à l’émancipation, à la liberté de l’écart absolu ouvert par Fourier.

résumé | abstract | texte intégral

Michèle Riot-Sarcey
Éclats de Charles Fourier dans l’insaisissable modernité du XIXe siècle

L’entrée dans la modernité semble généralement aller de soi. Or, si l’historien accepte de rompre la cohérence linéaire des récits historiques, à l’aide des citations en apparence disparates du Livre des Passages de Benjamin - celles de Fourier en particulier - il découvre une modernité réservée jusque-là à la littérature. Entre misère quotidienne et espérances intempestives, des chemins de traverse s’ouvrent à un héros moderne dont l’expérience temporelle fut écartée du sens de l’histoire.

résumé | abstract | texte intégral

Henri Lonitz
Théorie critique et utopie

On perçoit la théorie critique et l’utopie comme d’inconciliables contraires. L’une s’attache exclusivement aux durs faits économiques, l’autre rompt avec la réalité sociale et se meut dans des « mondes intelligibles ». Dans cet article, on aimerait montrer que dans la tradition de la Théorie critique les motifs utopiques, bien que transformés, ont été conservés. Dans son étude sur le XIXe siècle, dont les parties tardives sont centrées sur la philosophie de l’histoire et la nécessité de garder toujours actuelle la transformation du monde, Benjamin a donné une forme particulière à ces motifs.

résumé | abstract | texte intégral

Simone Debout
Voluptés inéchangeables ou charmes composés entre Walter Benjamin, Charles Fourier, Sade, Pierre Klossowski

Ce texte explore l’attention singulière de Benjamin qui retrouve l’essentiel de Fourier : la manière dont il transforme le travail pour qu’il devienne attrayant comme un jeu. Benjamin lit ainsi à travers Fourier, pour la première fois, l’exploitation de la nature et l’exploitation du travail humain de telle sorte que si la première cesse, ce sera aussi la fin de l’aliénation des hommes et la transformation du travail, semblable dès lors au jeu des enfants, qui expriment directement leur vie intérieure et leur imagination. Une transformation qu’il s’agit d’orienter afin qu’elle s’exprime à même le réel et change à la fois la vie et le monde humain.

résumé | abstract | texte intégral

Philippe Ivernel
Utopie pédagogique et souveraineté de l’enfance

Dans les citations et notations du dossier Fourier, qui dans le Passagenwerk précèdent immédiatement le dossier Marx et n’apparaît nullement contradictoire avec lui, Walter Benjamin attire l’attention sur l’instruction et l’éducation de l’enfance au sein du fameux phalanstère d’essai. Il souligne d’emblée que la nature sur laquelle s’appuie la pédagogie fouriériste est faite de mille fibres et que dès lors, partant des passions et de leur combinatoire, elles se prêtent à autant d’extension et d’évolution. Pour revenir à un exemple bien connu : de la gourmandise à la gastronomie en passant par les activités de cuisine, elles-mêmes raccordables aux activités agricoles et industrielles, l’enfant chez Fourier s’avance « naturellement » vers une formation polytechnique, appelée à surmonter non seulement la division du travail, mais encore et surtout la séparation entre travail, expérimentation et jeu. Benjamin se montre sensible à la dynamique du désir enfantin (chercher à attraper la lune comme une balle) et du geste reproductible, qu’il oppose l’un et l’autre à l’inculcation moraliste toujours menacée d’abstraction. L’utopie pédagogique dont il s’agit ici ne se conçoit, au contraire, que dans le rapport qu’elle entretient avec la pratique. Au bout du compte, elle enclenche sur une histoire à construire (chez Benjamin comme on le sait, mais aussi indirectement chez Fourier), dans laquelle l’enfance est souveraine comme l’âge du commencement et du recommencement.

résumé | abstract | texte intégral

René Schérer
Hordes et bandes

Dans la section W consacrée à Fourier, l’enfance et son éducation fournissent à Benjamin un terrain d’application exemplaire de la méthode d’« anthropologie matérialiste » qu’il attribue à l’utopiste. Indépendamment de tout recours à des directives transcendantes ou à une intervention pédagogique des adultes, ce sont les propres passions des enfants qui, en vertu d’une dialectique immanente, mécanisent et « engrènent » les groupes entre eux, faisant des « petites hordes » et des « petites bandes » un agent privilégié de l’Harmonie sociétaire. Les citations et notes de Benjamin mettent en lumière, comme autant d’ « images dialectiques », les points remarquables où l’enfance confère à l’ordre harmonique sa touche pittoresque et particulièrement attractive ».

résumé | abstract | texte intégral

Irving Wohlfarth
Les noces de Physis et de Techne
Walter Benjamin et l’idée d’un matérialisme anthropologique

Dans l’entre-deux-guerres, Benjamin a défendu l’idée que la dialectique marxienne entre les relations et les forces de production a été bloquée d’abord par la société bourgeoise, ensuite par le fascisme. Il en a résulté une « réception manquée », en réalité une « révolte » de la technologie », qui a inexorablement conduit à la guerre. L’alternative - telle que l’expérience soviétique a semblé la porter au départ - a été une libération renouvelée à partir de cette dialectique : fin de l’exploitation de l’homme et de la nature ; émancipation du corps et de la technologie. Cela présupposait expressément la formation d’un sujet historique collectif. Le socialisme utopique de Fourier a trouvé sa place au sein de ce matérialisme historique « anthropologiquement » élargi - avec des conséquences radicales et inquiétantes pour l’écologie politique actuelle.

résumé | abstract | texte intégral

Maurizio Gribaudi
Passages et Phalanstère
Espaces urbains et visions utopique

Dès son premier exposé sur Paris, capitale du XIXe siècle, Benjamin avait mis Fourier au centre du travail, en titrant sa première partie « Fourier ou les Passages ». Cette centralité interpelle. Au delà de leur relation directe avec les passages couverts, les formes du Phalanstère portent les traces de l’utopie fouriériste. Dans la lecture benjaminienne, le rêve de l’un apparaît donc comme le négatif de l’autre. D’une part, celui du passage, inscrit dans une vision de la modernité fondée sur le progrès technique et sur la reproduction des marchandises. D’autre part, celui du phalanstère ouvert sur une vision du progrès comme harmonisation progressive d’une constellation de singularités. A mieux regarder, Passages et Phalanstère, visions saint-simoniennes et visions fouriéristes semblent se croiser dans le texte benjaminien en dessinant un chiasme de forces contradictoires.

résumé | abstract | texte intégral

Traductions inédites

Walter Benjamin
Pinloche A., Fourier et le socialisme, Félix Alcan, Paris, 1933 (200 p. ; frs. fr. 15. -)
texte intégral

Walter Benjamin
Armand, F. et Maublanc, R., Fourier, 2 vol., Editions sociales internationales, Paris, 1937 (264 et 263 p. ; l’ensemble frs. fr. 25. -)
texte intégral

Theodor W. Adorno
Prolégomènes à « L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique »
texte intégral

Walter Benjamin
Préface à la version allemande des Quatre Mouvements de Charles Fourier
texte intégral

Expérimentations

Chantal Guillaume
Ardelaine, la fibre du développement local
texte intégral

Notes de lecture

Gaston Bordet
DESMARS Bernard : Militants de l’utopie ? Les fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle (2010)
Dijon, Les Presses du Réel, 2010, 421 p.
texte intégral

Guy Martinière
PONCIONI Claudia : Ponts et idées. Louis-Léger Vauthier, un ingénieur fouriériste au Brésil. Pernambouc, 1840-1846 (2009)
Paris, Houdiard, 2009, 491 p.
texte intégral

Actualités

Informations diverses
texte intégral



 . 

 . 

 .